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LE PAV NOCTURNE

Morceau de ville en pleine mutation, le PAV laisse apparaitre des interstices propices au développement de nouvelles activités sociales et culturelles. Le régime de ce périmètre est passé de la zone industrielle à de la zone de développement 2, permettant d’accueillir des activités autres que de type secondaire. Cette transition est en cours par l’intégration d’activités de loisirs et culturelles. Les quartiers de Praille-Acacias-Vernets voient dès lors fleurir de nouveaux lieux de rencontre. Plus ou moins temporaires, toujours originaux, ces espaces vivent principalement la nuit.

Une fois le soleil couché, un véritable écosystème s’éveille au PAV. D’un côté, alors qu’une intense activité de livraison occupe le rail et la route, les équipes de production de certaines entreprises tournent à plein régime à l’image des boulangeries industrielles. De l’autre, différents établissements festifs accueillent désormais les noctambules genevois. Village du Soir, Motel Campo, Gravière, Parfumerie, Bypass, PAV Bar : les lieux et les activités ne manquent pas et d’autres projets pourraient bien émerger. Tour d’horizon du PAV nocturne et de son potentiel.

 

Un week-end de sorties au PAV

Les lieux et les activités nocturnes se sont multipliés au PAV ces dernières années et prennent vie en fin de semaine. Voici un parcours exploratoire de ce nouveau paysage nocturne. De quoi s’occuper du jeudi au dimanche.

Le week-end s’impose dès le jeudi au PAV. Traditionnellement prisé par les étudiants, le jeudredi séduit désormais un public de plus en plus large qui aime profiter de lieux moins bondés et d’une ambiance différente. Les établissements nocturnes développent d’ailleurs des concepts d’événement spécifiques pour ce soir qui anticipe sur le week-end. Jeudi, on a donc le choix entre un afterwork au Village du Soir et la soirée Noctambar à la Gravière. On commence par le Village du Soir, situé juste derrière le Stade de Genève, puisque l’entrée est libre en début de soirée. Si les trois entrepôts-salles ne sont pas tous ouverts le jeudi soir, le concept de la soirée est original et les food-trucks au rendez-vous. On se rend ensuite de l’autre côté du PAV, au bord de l’Arve, où les DJs du Noctambar de la Gravière nous accueille jusqu’au bout de la nuit.

Vendredi, après avoir pris l’apéro et le souper au PAV Bar (voir le PAV Bar ou quand une dalle de béton devient sociable), on hésite entre le Motel Campo et le Bypass, situés tous deux à cinq minutes à pied du 27 route des Jeunes. Le Bypass, club commercial traditionnel, est un précurseur du PAV nocturne puisqu’il se dresse à la place de l’Étoile depuis 15 ans maintenant. On y rencontrera un public au dress code plutôt classe et on pourra profiter des hits du moment depuis la zone VIP surplombant la piste de danse. Au contraire, le Motel Campo nous offrira du clubbing plus expérimental et culturel sans contrainte vestimentaire. Depuis 2010, cet espace logé dans une ancienne annexe de Rolex au-dessus de trois garages propose quelques événements par mois conformément aux modalités de son bail avec l’Etat de Genève.

Samedi, puisqu’il fait beau, on pense d’abord aller profiter de la terrasse de la Parfumerie. Ce théâtre au bord de l’Arve, voisin de la Gravière, organise des soirées à la musique nostalgique, All Style ou années 80. On entend cependant parler d’un tout nouveau lieu : les Wagons. À 200 mètres de la Migros Vibert, ces deux wagons désaffectés pourront désormais accueillir quelques soirées grâce à l’autorisation de la FTI.

Dimanche enfin, on va supporter le Servette (foot ou Rugby) au Stade de Genève, puis on enchaîne avec un bowling ou une séance de cinéma au Centre commercial de La Praille. A moins que l’on préfère faire du sport soi-même : dans ce cas, direction le Centre sportif de la Queue-d’Arve, la Patinoire ou la Piscine des Vernets, trois voisins le long de l’Arve.

 

Le PAV Bar ou quand une dalle de béton devient sociable

Le développement du PAV se fera au fur et à mesure de l’adoption de plans localisés de quartier (PLQ). Durant cette période de transition, des opportunités temporaires émergent. Illustration avec le PAV Bar, un projet qui démontre que la mise en valeur d’une parcelle en transition sert les intérêts des acteurs impliqués et apporte une plus-value pour la qualité de vie des usagers de la zone.

Niché au 27 route des Jeunes, entre deux entrepôts, au bord d’un rail désaffecté du peigne industriel, le PAV Bar accueille du lundi au vendredi une faune variée venue se restaurer ou s’hydrater dans un cadre original. Entretien avec Jan Hädrich, un ingénieur civil de formation devenu l’initiateur d’un projet de bar en plein air industriel.

Jan Hädrich, vous êtes à l’initiative de ce bar pas comme les autres. Pouvez-vous nous le présenter ?

Jan Hädrich : Le PAV Bar, c’est un bar en plein air. Je ne saurais pas le définir ; faut venir voir, c’est étonnant. Un morceau de nature au milieu de la zone industrielle.

Qu’est-ce qu’on y fait ?

J.H. : On peut avant tout y boire un verre et y manger un morceau, profiter du cadre et de la vie. Il y a un terrain de pétanque et un baby-foot et on organise des animations environ une fois par semaine avec un groupe ou un Dj. Sinon, il y a aussi des dégustations de bière par exemple. On propose une nouvelle bière artisanale chaque mois. En hiver, on ferme et chauffe certains espaces de la terrasse.

Le PAV Bar a ouvert le 7 novembre 2016, au milieu de la zone industrielle. Qu’est-ce qu’il y avait avant ici ?

J.H. : Il y avait un bâtiment de stockage de l’entreprise Gondrand qui a connu un incendie il y a une quinzaine d’année. Tout a ainsi disparu hormis la dalle de béton et le parking en dessous. Cette histoire particulière explique la présence d’une dalle de béton non-aménagée en plein milieu d’une zone industrielle.

Comment se fait-il que l’idée vous soit venue de redonner enfin vie à cette dalle ? Comment est né ce projet ?

J.H. : J’ai toujours eu un goût pour la vie nocturne et j’ai tenu entre 2007 et 2015 un bistrot en vieille ville qui m’a fait réfléchir à la problématique de la concentration des nuisances nocturnes au centre-ville. En voyant le lieu, mon idée de bar s’est confirmée et j’ai décidé de relever le défi.

Comment le projet s’est-il alors concrétisé entre mars et novembre 2016 ?

J.H. : En trois étapes. Tout d’abord, on a travaillé de manière admirable avec la Fondation pour les terrains industriels (FTI) afin d’adapter le bail aux nouvelles activités de buvette prévues. Ensuite, il y a eu les autorisations de construire et enfin l’autorisation d’exploitation.

Vous dites avoir apprécié le travail de la FTI, propriétaire du terrain, en lien avec votre projet. Comment s’est passé la transition industrielle ?

J.H. : Oui, j’ai vraiment apprécié pouvoir compter sur un véritable travail de collaboration avec la FTI. Il a fallu que je leur présente le projet, qu’on en parle, qu’ils l’acceptent. Par cette approche constructive, des solutions ont été trouvées, répondant aux critères de chacun.

Comment s’est décidé l’aménagement du lieu ? Est-ce que c’est la dimension temporaire et la rapide mise en place du projet qui ont conditionné les choix ?

J.H. : Non, j’ai simplement eu la chance de pouvoir compter sur trois amis : un architecte, un paysagiste et un entrepreneur. On a mis nos compétences en commun afin de donner vie à ce lieu selon nos envies.

Cet espace est appelé à être réaffecté dans le cadre de l’aménagement des nouveaux quartiers de Praille-Acacias-Vernets. N’est-ce pas difficile de s’investir pour un projet sans savoir quand interviendra sa fin ?

J.H. : Je vois ça comme une véritable opportunité. Je suis persuadé que les zones industrielles en mutation présentent un grand potentiel inexploité pour développer des lieux de sociabilité.

Prévoyez-vous des développements futurs pour le PAV Bar ?

J.H. : Avant tout, agrandir et améliorer la cuisine. Nous réfléchissons aussi à des possibilités d’extension de la surface d’accueil du public comme une nouvelle terrasse ou des wagons.

 

Le Viaduc des jeunes : un lieu nocturne planifié ?

La plupart des lieux nocturnes actuels du PAV se logent dans des anciens espaces industriels. La mutation des quartiers Praille-Acacias-Vernets, réserve encore de nombreuses opportunités foncières potentielles pour développer de nouveaux projets, que ce soit de jour comme de nuit. Illustration avec le Viaduc des jeunes, un lieu de loisirs nocturnes planifié sous le viaduc autoroutier.

Ces dernières années, des mouvements associatifs et politiques ont alerté sur le manque d’offre nocturne adéquate pour les jeunes à partir de 16 ans. Les différentes fermetures de lieux depuis le début des années 2000 et l’augmentation des prix poussent la jeunesse à s’occuper comme elle peut la nuit dans des espaces pas forcément adaptés. Et les futurs quartiers du PAV auront besoin de connaître des équipements de loisirs pour les jeunes. Or, il y a déjà un espace planifié pour les loisirs nocturnes des jeunes au PAV : le Viaduc des jeunes.

Le Viaduc des jeunes n’existe pour l’instant qu’à l’état de projet. Il prévoit que l’espace sous le viaduc autoroutier, en face du Stade de Genève, puisse accueillir des équipements de loisirs à destination des jeunes. Il y a actuellement à cet endroit des parkings plus ou moins utilisés et un vélo-polo. L’étude « Genève, la nuit – stratégie territoriale pour la vie nocturne culturelle et festive » de l’Etat de Genève identifie cet espace comme un projet pilote. Mieux, le projet du Viaduc des jeunes fait l’objet d’une fiche de mise en œuvre du Plan directeur communal de Lancy. Cette fiche explique que cette surface de 10’000 m2 couverte par le viaduc semble idéale pour accueillir des activités publiques. La fiche comprend un plan en coupe qui présente le potentiel offert par l’espace : il pourrait s’agir d’un café, bar ou club ou alors d’un centre sportif (voir l’illustration ci-dessus, tirée du PDCom de Lancy, p. 182). Il y a ainsi une véritable intention des autorités de réaliser un lieu public de loisirs sur cette actuelle zone industrielle et artisanale.

Quelques questions se posent cependant pour la concrétisation du projet. D’une part, les terrains et infrastructures connaissent aujourd’hui trois propriétaires différents : la commune de Lancy, le canton et la confédération. D’autre part, pour garantir l’accès à un espace public de loisirs sous le viaduc, il semble nécessaire de construire des passerelles piétonnes depuis Lancy et Carouge ainsi qu’aménager un parking.

Quoi qu’il en soit, l’écosystème du PAV n’a pas fini de se développer et d’évoluer. De jour comme de nuit.

 

FTI – Novembre 2017